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homme maquillé

Le nombre de préjugés et de commentaires désobligeants que l’on peut lire sur les forums qui abordent le sujet des hommes qui se maquillent est impressionnant.
« C’est pour les homosexuels »,
« les hommes ne sont pas des femmes », 
« le maquillage c’est pour les femmes »,
« faut être malade pour faire ça »,
« si mon mari faisait ça je le quitterais sur le champ »,
« du fond de teint pour masquer les boutons, ok. De l'autobronzant ou crème teintée pour paraitre moins pâle, ok. Mais le crayon sous les yeux, non. »,
« Mais où va le monde »,
« Un homme doit rester viril, et pas se féminiser »
« pour moi un homme ça doit être masculin »
« un peu d’eyeliner pour faire un regard plus beau mais pas de fond de teint, de poudre ou autre crème »
« le fait qu'un mec se maquille me gêne un peu... Bien que des yeux soulignés par du crayon puisse être très joli,(…) c'est une sorte de "principe" »

Comme on le voit au travers de ces quelques extraits, assez représentatifs de ce qui se dit sur le maquillage pour homme, ce qui se joue là n’est pas le fait de savoir si le résultat du maquillage sur un homme « normal » est agréable à regarder mais si l’action de se maquiller est acceptable.

Par « normal » il faut entendre « hétérosexuel qui a une activité professionnelle classique et une vie sociale traditionnelle ». En effet il semblerait que les homosexuels, les artistes, les mannequins, tout ceux qui passent à la télé, ceux qui sont dans certaines communautés  (« 2 de mes ex se maquillaient (…) mais ça allait avec leur univers global» dit une jeune femme) bénéficient de l’approbation ou du moins d’une certaine tolérance populaire.

Remontons un peu le temps.

Bon on ne va pas refaire toute l’histoire du lien entre l’homme et son corps mais les plus perspicaces auront remarqué que dans les films dont l’action se déroule dans l’Egypte ancienne, les hommes sont maquillés au moins autant que les femmes et que pas un poil ne dépasse. Faisons un grand bon spatio-temporel et retrouvons-nous au 18ème siècle en France à la cour du roi : tout le monde, homme comme femme, est poudré, maquillé, coloré,  enrubanné. En revanche le XIXème siècle ne sera guère la période la plus excentrique pour les vêtements masculins : « volonté d'austère simplicité », « Apparition du noir : discrétion de la bourgeoisie d'affaires », « le noir s'impose pour les tenues de soirées, pour devenir l'austère tenue républicaine du siècle à venir » (extraits du site de Julie Deljéhier, créatrice de costumes et de maquillages pour la scène et le cinéma, une artiste de talent : www.julie-d.levillage.org ).

Comment est-on passé d’une longue période où hommes et femmes étaient égaux devant les pratiques de beauté et de parure du corps, à une autre plus austère où la femme peut, et même à le devoir de se faire belle et l’homme non ? Réponse : la révolution française.

On est passé d’une séparation « aristocratie – peuple » (autrement dit « riche – pauvre ») à une séparation "homme-femme". Les hommes sont égaux : finis les d’artifices ; plus d’attributs qui rappellent les inégalités entre les aristocrates oisifs détenant les privilèges, et les autres. Dorénavant, l’homme se doit d’être sérieux, il n’a pas à se préoccuper du paraître et des frivolités qui évoquent la vie de cour, cette cour où se côtoyaient hommes et femmes, les secondes ayant perverti les premiers... Les hommes sont égaux, oui... mais au sens de «citoyens masculins »: les femmes, elles,  s’occuperont de la maison, des enfants et de leur époux. Elles conservent donc l’univers des apparences, afin de se faire belles pour leurs maris. A elles le maquillage, le parfum, la recherche vestimentaire, la beauté. Ces activités futiles seront désormais réservées à la femme. A lui le travail, le courage, le pouvoir, la force. De cette époque date le concept de virilité tel qu’on l’entend encore souvent aujourd’hui. 

Virilité : Ensemble des caractères physiques de l'homme adulte. (Larousse).
En un mot un homme est un homme car il est né ainsi. Le fait d’avoir des activités qui traditionnellement, dans notre culture occidentale du XXIème siècle, sont (étaient) plutôt réservées aux femmes, en fait-il une femme ? Non ! Perd-il sa virilité ? Non, pas dans le sens du dictionnaire !

Lu sur un forum : « un mec viril peut arranger un teint terne ou pas top avec du fond de teint, il en sera pas pour autant féminisé, juste plus beau ».

Le sens du mot « virilité »  inculqué aux hommes et femmes depuis la révolution est plutôt « ce que ne fait pas une femme ». Le code civil de 1804 a fait des femmes des mineures à vie. Et tout ceci aurait continué comme ça si petit à petit elles n’avaient pas obtenu certains droits : 1938, elles ne doivent plus obéissance à leur époux, 1944  droit de vote, 1965  la femme peut travailler et ouvrir un compte bancaire sans l’accord du mari, elle dispose de ses biens propres, 1967 droit à la contraception, 1975 droit à l‘avortement, 1975 accord commun pour le choix du domicile conjugal, 1975 abolition du droit pour le mari de surveiller la correspondance de sa femme etc.
Petit à petit, ou plutôt par à-coups, les rôles respectifs dévolus à chacun des sexes, se brouillent. Avant, l’homme était rassuré, la loi et les habitudes le protégeaient, sa virilité ne pouvait être remise en question, il « portait le pantalon » (certains doivent encore regretter l’époque où le port du pantalon par la femme était un délit). Les femmes ont obtenu, en se battant, un statut équivalent à celui de l’homme. Les hommes ont été déstabilisés. Certains, surtout les plus anciens, ont mal perçu le fait que des pères donnent le biberon ou changent les couches de leurs enfants, et pourtant quoi de plus normal non ? Le fait que les femmes fassent aujourd’hui ce qui leur était interdit dans le passé ne signifie pas qu’elles ont pris la place des hommes. Le fait que des hommes aient des pratiques anciennement réservées aux femmes ne signifie pas qu’ils sont dévirilisés. Ceci est simplement un réajustement. Une femme peut avoir des responsabilités, être forte, elle reste une femme. Un homme peut avoir des émotions, et avoir envie de s’occuper de son apparence, il reste un homme.

Aujourd’hui on accepte qu’un homme se mette de la crème hydratante car il est question de soin, de protection et pourtant il y a quelques années, au rayon « hygiène et cosmétique » on ne trouvait que de la mousse à raser et de l’après-rasage comme produits spécifiquement masculins. S’il y a une activité vraiment virile c’est bien le rasage (du visage s’entend). Et pourtant l’après-rasage n’a pu entrer dans la panoplie de l’homme, il y a trois ou quatre décennies, uniquement parce qu’il « calme le feu du rasoir » et pas parce qu’il sent bon. Mais la boite de Pandore fut ainsi ouverte et permit au parfum pour homme de faire son entrée... suivi du déodorant.

Aujourd’hui le fait qu’un homme, après s’être rasé, se mette de l’après-rasage, une crème hydratante, du déodorant et du parfum est considéré comme une activité des plus banales… et pourtant dans les années 70 ces gestes commençaient à peine à se pratiquer, et en 1950 on aurait trouvé ça vraiment bizarre. La gestuelle associée au maquillage proprement dit, a déjà commencé à faire partie des pratiques adoptées par certains avec l’utilisation du fond de teint. Au début on ne se maquille pas non ! On camoufle certaines imperfections (je vous laisse le soin de vérifier si ‘camoufler’ est bien un synonyme de ‘maquiller’), puis on se  donne bonne mine avec des crèmes teintées, de la poudre matifiante, de l’anticerne. On ne met pas de brillant à lèvres non, on les hydrate. On ne met pas un trait de crayon sous les yeux on rend juste le regard un peu plus vif. Les femmes se maquillent simplement pour être plus belles, les hommes qui se maquillent ont souvent encore besoin d’un prétexte mais, et n’en déplaise aux tenants de la coexistence « féminité-virilité » à l’ancienne c'est-à-dire « beauté-force », le mouvement s’est mis en marche ou plus exactement il continue. La vie est un perpétuel changement, ce qui fut vrai ne l’est plus, ce qui ne l’est pas encore le sera et malgré tout ça : la femme est une femme même en pantalon et l’homme est un homme même s’il est épilé, maquillé et qu'il met des strings.

Reprenons les affirmations trouvées sur des forums :

« C’est pour les homosexuels » Réponse : non, pas uniquement.
« les hommes ne sont pas des femmes » Réponse : oui c’est vrai et ?
« le maquillage c’est pour les femmes », Réponse : historiquement non.
« faut être malade pour faire ça », (un psychiatre du XIXème siècle sans doute Réponse : diagnostic docteur ?
« si mon mari faisait ça je le quitterais sur le champ », (on sent le couple solide qui communique) Réponse : et l’amour dans tout ça ?.
« du fond de teint pour masquer les boutons, ok. De l'autobronzant ou crème teintée pour paraitre moins pâle, ok. Mais le crayon sous les yeux, non. », Réponse : pourquoi c’est laid sur un homme ?
« un peu d’eyeliner pour faire un regard plus beau mais pas de fond de teint, de poudre ou autre crème », Même réponse.
« Mais où va le monde », Réponse : il continue.
« Un homme doit rester viril, et pas se féminiser », Réponse : qui a prétendu que le maquillage était une activité féminine ?
« le fait qu'un mec se maquille me gêne un peu... Bien que des yeux soulignés par du crayon puisse être très joli,(…) c'est une sorte de "principe" » Réponse : vous êtes quasiment sur la voie de l’ouverture : on peu modifier ses principes.

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